Lorsque j’avais 5 ans, ma maîtresse, Mrs Hendi, me prédisait
sans cesse que j’aurais mal au dos un jour, à cause que je me tenais pas droit sur ma chaise. A cet âge-là, « un jour », c’est loin ! Pourtant, ce « loin » est arrivé, à
peine 30 ans de « j’me tiens mal » plus tard, comme une envie de voler. Douleurs au bas du dos, souffrance aigue dans la jambe, impossible de m’asseoir. Rhumato, radio, IRM, le verdict
tombe : double hernie discale ! Quatre mois d’immobilisation et une opération plus tard, me voici tout neuf, comme au sortir du cocon.
Le toubib :
- « Bon, vous allez pouvoir reprendre votre vie comme avant, aucune rééducation n’est requise.
- Comme avant, tout pareil ?
- Enfin, ça dépend, il ne faudra plus porter de charges, faire attention à la tenue de votre dos, tout ça. Vous êtes sportif ?
- Pas tellement, un peu de vélo…
- C’est tout ?
- Le parapente, mais pas sûr que ce soit du sport.
- Je connais. Si vous savez poser proprement, pas de problème, en revanche, il vous faudra autant que possible trouver quelqu’un pour porter votre aile.
- Ah ? J’ai droit de porter jusqu’à combien ?
- Environ 10 kilos, bien droit sur le dos.
Cool, me dis-je, on ne pourra plus m’emmerder avec des histoires de déménagements « ah non, pas le droit, la science a dit, mais par contre je viens après, pour l’apéro. » Pour le parapente, faut voir. Retour maison, je pèse mon matos : Mescal, Altiplume, Konar, grolles, casque, combine, vario, tout, ça fait un peu plus de 20 kilos ! Merdum, y’a souci…je me vois pas tellement tout porter en deux fois. Va falloir changer de matos. Je me renseigne donc sur les voiles montagne. C’est tentant, mais si je comprends bien, c’est plus fragile que les ailes « normales », en tous les cas, dans le temps et selon comment on les traite, la longévité est moindre. Je pèse le pour et le contre, je m’apprête à craquer, et en attendant, sous l’œil consterné de ma chérie, je volette un peu, discrètement, avec ma Mescal à trous, qu’ils appellent « Jet-Flaps », pour faire classe. En même temps, vu que je crèche et vole au Maroc, l’aile « jetable », ça va coûter cher, à la longue (à la courte serait plus approprié). Ici, la moquette et l’herbe au déco, y’a pas. Enfin, pas de celles qui font du bien au parapente, quoi…
Quelques mois passent, et voilà que l’équipe Skywalk sort son tissu au nom abscons (aerofabríx[AI] 29), qui grâce à une enduction d’aluminium qui pèse 29 grammes par mètre carré, et qui protège grave des UV, permet de faire léger et durable ! C’est pour moi, ça ! Lors de mon prochain passage à Paris, je ramène ce truc, « obligé », comme dit le célèbre politologue Steevy.
Une sellette AltiRando viendra avec, ça fait sac de portage et tout, suffit de la retourner (voire photos). Pour le secours, je prendrai la prochaine fois le minuscule truc de Sup’Air avec le conteneur Nervures qui ressemble à un K-Way et pèse moins de 2 kilos, vu que le pépin doit être en ventral. On emballe chez VLD, on pèse : 7,8 kilos. C’est forcément un peu plus que ce qu’annoncent les docs, mais encore tout à fait dans mes cordes. Je mettrai les godasses aux pieds, et le casque passe encore dans le sac.
Facture, merci, bisous, tout ça, en route ! Le sac, sur le dos, ne se fait pas sentir. Ni en poids, ni en volume ! La première phase du test consiste en une balade dans le métro parisien, expérience déjà vécue avec une aile classique, et sa lourde sellette. Heureuse surprise, ça passe partout, sans avoir à faire appel au préposé, toujours absent, sensé ouvrir les portes qui permettent à l’impertinent « voyageur » qui aurait eu l’audace de se munir de bagages, d’accéder aux couloirs…
Une fois à l’aéroport, je demande si ce truc peut passer en bagage cabine. « Oui », me dit-on ! Bonheur ! Enfin chez ma maison, ouverture du sac. Je n’avais pas déballé l’aile chez les quincailliers, vu que pour l’instant il n’y a qu’une taille, et pas de choix de couleurs. C’est vraiment tout petit. Léger, je l’ai déjà dit, je crois. La première observation de ce fameux tissu « en ferraille » me laisse perplexe. En près de 20 ans de pratique ultralégère (delta, ULM et parapente), il me semble avoir vu à peu tout ce qui a été tenté, mais là, ils font fort, dans la catégorie « c’est nouveau ». Ça fait genre un peu couverture de survie, si tu vois. Ou papier alu de cuisine. Je continue de déballer. Il y a tout, l’aile, les housses de protection, l’accélérateur, et même une paire de lunettes joliment siglée « Skywalk ». La voile me semble être de très bonne facture, les suspentes sont dimensionnées comme sur les « vrais », les élévateurs, en revanche, sont plus fins. Je suis songeur. Si ces élévateurs-là suffisent, pourquoi nous met-on d’énormes sangles d’habitude ?
Je lis avec attention le manuel, puisque c’est ce qu’on me dit de faire. Je n’y apprends rien de transcendant, mais au moins j’ai fait comme on m’a dit. Ah si, juste un truc : ce tissu, avec son enduction alu, semble ne pas forcément très bien réagir à l’air marin, une certaine corrosion pouvant apparaître si on ne rince pas régulièrement à l’eau douce. Je ne vole qu’en bord de mer, ou presque ! Je vous tendrai au courant après quelques mois d’utilisation.
En vol
Je n’ai pas la compétence pour dire de combien de kilos il faut tirer où pour que ça vire de 13 degrés virgule trois, mais, par rapport à la Mescal à laquelle j’était habitué, je pourrais dire ceci : le dépliage et démêlage sont faciles, le gonflage évident, et même rapide, à tel point que je me suis fait surprendre au premier. La prise en charge est immédiate. Les commandes sont très légères, aussi faut-il s’habituer et doser, pour ne pas sur piloter. Il y a tellement peu d’efforts aux commandes qu’au moment de la course d’envol, j’avais du mal à être sûr que j’avais bien une aile au-dessus de ma tête, et j’ai fait mon premier décollage en limite second régime, vu que je tirais les freins presque à fond pour ressentir l’effort habituel. Le manuel m’avait prévenu que l’aile vire plutôt à la sellette qu’aux freins. C’est exact, sans appui sellette, ça vire presque à plat. J’étais coutumier des bienfaits des Jet-Flaps sur les basses vitesses, aussi ne fut-ce point là une découverte. Il me semble toutefois que la vitesse minimale est encore plus faible que sur la Mescal.
L’Altirando est un vrai bonheur. Tout juste, après une bonne séance de gonflage, ai-je ressenti de légères irritations aux cuisses, à cause des fermetures qui sont un peu brutes. En vol, plus de problème. Quant au concept sellette-sac, comme pour les élévateurs, je ne comprends pas pourquoi tout le monde n’exploite pas l’idée.
L’atterrissage est sans problème, du moment qu’on fait comme dans le livre…
Bilan
Pour quiconque n’ayant comme moi aucune prétention particulière en matière de performances, mais qui veut tout de même un matériel qui bénéficie des dernières évolutions, et léger, la Masala, associée à l’AltiRando, constituent le bon cocktail. Si ce tissu en alu tient ses promesses dans le temps, j’ai dans l’idée que je vais passer de nombreuses années avec. Ma chérie attend la XS avec impatience !
Pour finir sur le chapitre médical, deux semaines après mon opération, mon mal de dos ne fut plus qu’un mauvais souvenir. Un an plus tard, c’est encore plus vrai. Plus rien, même après quelques kilomètres de marche avec l’Altirando-Masala sur le dos ! Pour ce qui est d’une éventuelle prise en charge de ce matos par la sécu, aussi bien en curatif qu’en préventif, les services concernés ne m’ont pas répondu.

